Le romantisme est un mode d’expression des sentiments intérieurs que le rococo s’applique tant à dissimuler, ils sont désormais assumés au point de devenir l’objectif principal de l’artiste, l’aspect esthétique de l’oeuvre passe au second plan.
L’art romantique est le langage artistique d’une société qui s’engouffre dans une révolution industrielle sans en maîtriser le développement, laissant la place au doute et les artistes l’expriment chacun à leur manière, certains privilégient le dessin, d’autres la matière et la touche, ou la couleur.
A contre-courant de l’Académisme, le romantisme utilise un vocabulaire jusqu’alors inexploré : le rêve, la folie, le doute, la peur, l’angoisse de n’être rien face à une nature déchaînée, le peintre romantique ne cherche plus à répondre à une commande, il se libère et il peint, sans chercher à plaire, sans craindre d’être rejeté par les officiels. Le mythe du peintre maudit surgit à cette époque, le génie est incompris car en avance sur son monde, misérable mais libre.
Alors que le style néoclassique atteint son apogée à la fin du 18ème siècle, Francisco Goya, peintre officiel à la cour d’Espagne, est atteint de surdité en 1792 et traduit dans son art la détresse née de la maladie qui l’accable, il s’affranchit de tout réalisme académique à travers la représentation de la folie meurtrière, l’horreur de la guerre et la désillusion de la nature humaine.
L’ART ROMANTIQUE
La première génération de peintres romantiques en Allemagne est marquée par Caspar David Friedrich et sa peinture aux paysages étranges d’où s’échappe un fort sentiment de solitude, semblable au doute du croyant dans un monde qui semble abandonné de Dieu.
En Angleterre William Blake et Heinrich Füssli peignent des visions de leur univers intérieur en créant un monde fantastique tant au niveau de la forme que du contenu. La deuxième génération s’intéresse davantage à la politique et à la place de l’Homme dans ce 19ème siècle où l’industrie et la modernité s’opposent à la nature, c’est en même temps l’époque des grands paradoxes sociaux, la spéculation des uns côtoie la pauvreté des autres. La peinture de paysage renaît avec John Constable qui excelle dans le rendu de l’ombre et de la lumière par le scintillement et les effets du soleil dans la végétation, la couleur prend le pas sur le dessin. Son contemporain, William Turner, abandonne totalement la perspective linéaire pour laisser à la matière et aux couleurs le soin de suggérer les formes, ses tableaux sont, dans un premier temps, rejetés par la critique.
En France Théodore Géricault emploie un style réaliste qui recherche la beauté par l’inspiration des maîtres anciens et la composition monumentale. Son Radeau de la Méduse dont le but est de dénoncer un des plus grands scandales de son temps (La “division du Sénégal”,1816) annonce une des fonctions nouvelles de la peinture du 19ème siècle.
L’engagement politique républicain et l’influence de l’art classique se retrouvent également chez Eugène Delacroix qui devient le chef de file du romantisme français, à l’opposé du courant néoclassique incarné par Ingres. De ses voyages en Afrique du nord il rapporte une lumière particulière et de l’influence de Constable, une touche libérée qui annonce déjà les impressionnistes.
Avec le style romantique, la peinture de la première moitié du 19ème a su rebondir face à un académisme rigide et intransigeant en permettant à l’art de pouvoir penser différemment, il annonce l’ère moderne et de nouvelles possibilités tant au niveau technique que de la réflexion. C’est de ce mouvement que découleront naturellement les courants de la seconde moitié du siècle et notamment le plus important de tous : l’impressionnisme.
L’académisme connaît encore quelques sursauts qui ne seront en fait que la manifestation de son déclin et finalement il s’éteindra de lui-même avec l’arrivée de la photographie et le grand séisme artistique du 20ème siècle.
L’ORIENTALISME
L’orientalisme n’est pas un mouvement pictural mais un sujet, une inspiration, qui regroupe au 19ème siècle des peintres issus aussi bien du style romantique que néoclassique.
Il représente le monde arabe, l’exotisme des harems, les guerriers héroïques, les villes d’un monde mythique, idéalisé à travers la vision occidentale de l’époque.
Ce sont les campagnes napoléoniennes en Égypte qui ont ouvert à la voie à l’engouement pour l’Orient et le mystère de cet autre monde que l’on souhaite merveilleux séduit les artistes.
Delacroix peint les guerriers et leurs chevaux dans des mouvements fougueux d’une manière éclatante, avec une touche emportée et puissante, des paysages, des scènes de la vie quotidienne, des récits bibliques, racontés avec l’imaginaire et les motifs de son époque.
Ingres et Chassériau interprètent l’orient à travers le style néoclassique, les femmes sont un sujet privilégié et sont présentées tout en mystère et en sensualité.
L’inspiration de l’Orient se poursuivra encore longtemps dans la peinture occidentale sous d’autres formes mais l’enthousiasme du 19ème siècle s’efface peu à peu pour laisser la place à des courants davantage portés sur la réalité sociale et politique.