La Renaissance est une période longue de deux siècles, généralement divisée en trois parties : la première renaissance (1400-1500), la renaissance classique (1500-1520) et le maniérisme (1520-1600).
Elle s’impose en premier en Italie, dès le 15ème siècle, et sert un langage pictural représentatif d’une époque où les mentalités et les points de vue ont radicalement évolué par rapport au moyen âge, l’homme est au centre des préoccupations à la défaveur de la figure divine qui occupait jusqu’alors la place la plus importante. La renaissance ne s’éloigne pas de la foi catholique, bien au contraire, mais un changement de valeurs dans son rapport à Dieu est incontestable.
La découverte de l’Amérique en 1492 dévoile un monde beaucoup plus vaste que ce que l’on pensait, et excite la convoitise et l’ambition des monarques européens. Le pape n’est plus le chef spirituel auquel on voue une allégeance aveugle et l’invention de l’imprimerie par Gutenberg vers 1440 diffuse le savoir jusqu’alors jalousement gardé par le clergé. Libérés du mode de vie féodal, les Européens voyagent, marchands et banquiers investissent des marchés à dimensions internationales et les artistes, entraînés par le prestige qu’ils apportent à leurs commanditaires, se rencontrent, s’influencent, échangent, et reviennent chez eux riches de ce partage, les plus doués se voient accorder une gloire et un statut social considérable, ce qui était impensable pour un artisan du moyen-âge.
LA PREMIERE RENAISSANCE
La première renaissance, consciente de vivre une époque nouvelle, de rompre totalement avec le moyen âge (et le Gothique), se pare d’une image rappelant la grandeur passée de l’empire romain et ouvre la voie vers la haute renaissance italienne et ses portraits idéalisés. La redécouverte de l’art antique est intégrée dans la peinture, le volume est créé avec des dégradés en clair-obscur et permet d’ajouter des éléments de décor, l’apparition de la perspective linéaire va révolutionner la composition picturale et poser les bases de la représentation pour les 5 siècles à venir, jusqu’au cubisme (et l’abstraction) qui permettent à l’art d’explorer de nouveaux horizons. L’humanisme permet également au portrait d’apparaître, un genre jusqu’alors prohibé par le pouvoir religieux pour lequel l’individu n’a pas d’importance en soi. Au début il se présenté de profil avec un cadrage aux épaules, puis avec un paysage dans l’arrière-plan puis, sous l’influence flamande, de trois-quarts face.
L’influence flamande se retrouve également dans la composition du tableau d’autel où la scène religieuse est peinte dans le même espace que celui des donateurs alors que la tradition voulait qu’ils soient placés sur les panneaux latéraux.
La peinture à l’huile, issue de l’atelier de Jan van Eyck, apporte aux artistes de l’Europe entière une technique leur permettant de retoucher à plusieurs reprises les tableaux qui, jusqu’alors, étaient créés à partir de la tempera, qui séchait très rapidement.
LE XVe SIECLE ITALIEN
Durant la première moitié du 15ème siècle, c’est à Florence que se font sentir les premiers changements grâce à Masaccio, Fra Angelico, puis Fra Filippo Lippi qui donne une place privilégiée à la femme dans ses oeuvres et modifie l’ordre des éléments dans la composition du tableau, la deuxième moitié du XVe siècle est marquée par son élève, Sandro Botticelli. Attaché à l’humanisme en vogue, il est l’un des premiers à intégrer des motifs antiques dans des scènes quelquefois tirées directement de la mythologie classique, suivi par Andrea Mantegna qui propage le nouveau style jusqu’à la cour de Mantoue puis jusqu’à Ferrare. Les grandes familles dirigeantes l’adoptent très vite et mettent en place un mécénat qui entretient les plus grands peintres de l’époque. Domenico Ghirlandaio est alors le plus grand des maîtres florentins (son influence sur les peintres de la génération suivante, dont Léonard de Vinci, est incontestable) et comme Botticelli, il sera appelé à Rome pour participer à la rénovation de la chapelle sixtine.
Le Pérugin introduit une peinture empreinte d’une douceur particulière, de son atelier sortiront de prestigieux acteurs de la renaissance classique du début du siècle suivant : Pinturicchio et Raphaël.
Enfin, à Venise, l’art est marqué par la famille Bellini dont le plus célèbre, Giovanni, annonce un style beaucoup plus gai et coloré que celui des florentins, qui fera l’identité propre de la peinture vénitienne.
LA RENAISSANCE DU NORD ET L’ECOLE FLAMANDE
Les flamands empruntent aux italiens la représentation de sujets antiques ou mythologiques mais le renouveau flamand est beaucoup plus lent qu’en Italie et s’installe d’abord dans la finesse des détails apportés à la nature et aux matières.
Jan van Eyck, alors inégalé dans le réalisme qu’il apporte aux portraits et à la nature dans des oeuvres austères et doucement pieuses, est le moteur d’un style pictural qui sera approfondi par les peintres des générations suivantes, flamands ou italiens.
L’évolution néerlandaise est marquée par le travail de Rogier van der Weyden qui fonde l’école du Brabant dont sortiront des artistes majeurs, le plus célèbre d’entre eux est Hans Memling qui laisse une importante production mais le plus énigmatique est Jérôme Bosch, une grande partie de son oeuvre est constituée d’images hors du commun pour composer un langage métaphorique, mystérieux et occulte. Son style particulier influence Bruegel l’ancien qui laisse un témoignage captivant de la vie quotidienne du monde rural flamand au début du XVIe siècle.
En Allemagne Albrecht Dürer, à l’occasion de ses voyages en Italie, progresse vers un style plus épuré et coloré, il produit également de nombreuses gravures sur cuivre et sur bois ainsi que des eaux-fortes.
Parmi les grands maîtres allemands du 15ème et 16ème siècle on trouve également Cranach l’ancien et Hans Holbein le jeune qui atteint l’excellence dans l’imitation de la nature et intègre une dimension psychologique dans ses portraits.
En France, la peinture ne subit pas l’influence italienne, les artistes majeurs sont peu nombreux et le style renaissance ne se détache réellement du gothique qu’à partir de la seconde moitié du 15ème siècle avec Jean Fouquet, Jean Clouet puis son fils François Clouet, au début du 16ème siècle, avant que le maniérisme ne répande son influence sur l’Europe entière.
LA RENAISSANCE CLASSIQUE
La période appelée classique correspond à la période d’activité de Raphaël (1500 – 1520) et un style adopté par tous. Le style classique n’est pas une invention du seul Raphaël mais un aboutissement, la peinture propose désormais une figure originale de l’être humain et si les motifs sont tous issus de la réalité, l’objet du tableau est au service du message qu’il veut donner, les éléments sont assemblés dans l’espace de manière à créer la narration voulue où la place accordée à l’Homme est essentielle. Les artistes italiens proposent un modèle, digne, qui maîtrise ses passions pour servir une cause religieuse, philosophique ou politique.
FLORENCE ET ROME
Rome devient le nouveau centre artistique italien, les peintres florentins y sont appelés à travailler pour le compte des papes, seul Léonard de Vinci reste éloigné du faste et de l’opulence que connaissent les grands peintres de son époque. La modernité qui lui était reprochée est enfin accueillie à sa juste valeur, sa technique du sfumato lui permet d’intégrer parfaitement les figures aux paysages, insolites et mystérieux. Il est appelé en France à la fin de sa vie, quand le roi François Ier tire profit de ses talents de peintre mais aussi d’architecte et d’ingénieur.
Au Vatican, Michel-Ange et Raphaël s’affrontent. Le premier, sculpteur avant tout, s’attache à un style aux contours prononcés et à une plastique des corps qui rappelle le volume de la sculpture, le second s’exprime dans un style plus doux, aux nuances subtiles. Raphaël atteint la perfection dans le dessin et il est reconnu de son vivant comme le plus grand des peintres.
Ces trois génies ont laissé une impression si forte sur leurs contemporains que les artistes de la génération suivante devront chercher une nouvelle expression picturale pour s’affirmer, c’est dans ce contexte que le style classique s’effacera pour laisser place au maniérisme.
L’ÉCOLE DE VENISE
Alors que la peinture florentine persévère à offrir un rendu lisse, le style vénitien s’en démarque par un travail original de la couleur et de la matière. A la fin du 15ème siècle Venise possède un genre pictural personnel situé au carrefour des cultures italiennes, flamandes et byzantines, porté par le talent de ses artistes, des Bellini à Titien.
La symétrie autour d’une figure centrale est fréquemment délaissée par Léonard de Vinci, Raphaël et Michel-Ange, au profit d’une pose en spirale (serpentinata) puis, dans la seconde moitié du 16ème, l’École de Venise se range derrière le maniérisme avec Tintoret et Véronèse.
Titien affirme la suprématie de la couleur sur le dessin et est reconnu comme le plus grand portraitiste de son temps, suivi par Lorenzo Lotto et Tintoret, déjà engagé sur les chemins du maniérisme.
LE MANIÉRISME
Certains de ne pouvoir faire mieux que Raphaël, les artistes cherchent à s’en démarquer par une manière de peindre plus personnelle et le déploiement d’artifices de leur invention tout en restant en accord avec les codes de la manière officielle. Chaque peintre trouve un style qui lui est propre, qui le différencie des autres et lui assure sa légitimité artistique, le maniérisme est semblable à une langue commune où chacun parlerait avec son propre accent, au moment où l’ordre religieux se dirige vers la séparation entre catholiques et protestants et traduit une société qui remet en question l’autorité papale.
La réponse que Botticelli avait apportée avec sa Naissance de Vénus au problème d’équilibre et d’harmonie est appliquée au sujet, les couleurs sont souvent froides et les corps s’exposent en contrapposto (torsion du corps) dans une pâleur minérale, les gestes sont éloquents, figés dans des postures théâtrales, et une attention particulière est apportée au rendu des matières et aux objets décoratifs.
Dès le premier élan maniériste, les florentins produisent des oeuvres résolument tournées vers le nouveau style, Bronzino, peintre à la cour de Florence, intègre aux portraits sa passion pour l’allégorie à travers un style pur au rendu soigné quand Parmigianino fait apparaître des ambiances aux allures parfois surréalistes.
La manière italienne rejoint ensuite le nord de l’Europe et s’intègre à la tradition picturale flamande. En France, François Ier fait appel à des peintres italiens dont l’influence se retrouve à l’École de Fontainebleau, à son style caractérisé par une préciosité hors du commun.
Arcimboldo, originaire de Milan, est appelé à Prague où il devient l’artiste privilégié des empereurs Ferdinand, Maximilien et Rodolphe II. Son exubérance ouvre la voie à de nouvelles possibilités et son influence se retrouve dans le baroque et d’une certaine manière, dans les surréalistes du 20ème siècle.